Compte rendu du livre :
An Introduction to Population Ethics,
de M. A. Roberts,
Oxford University Press, 2024.
En matière de devoirs moraux, on peut penser que nous avons celui d’augmenter la quantité de bien-être sur Terre ou, au moins, de ne pas la diminuer. Dans ces conditions, refuser de soigner un enfant malade semble moralement répréhensible. Pourtant, alors même que cela n’augmente pas non plus le bien-être global, ne pas faire naître un enfant qui a toutes les chances d’être heureux ne nous semble pas condamnable. Ce paradoxe est au cœur de The Existence Puzzles, dans lequel la philosophe Melinda Roberts s’efforce de réconcilier deux intuitions profondes, mais apparemment incompatibles : celle qui nous engage à augmenter le bien-être sur Terre et celle qui ne nous impose aucun devoir de faire venir au monde des personnes supplémentaires, même si leur vie est bonne.
Plutôt que de rejeter l’une de ces intuitions, comme le font souvent les philosophes, Roberts cherche à les faire coexister de manière cohérente. Elle défend alors un conséquentialisme « fondé sur les personnes », selon lequel la valeur morale d’un acte dépend, non de la quantité de bien-être qui en résulte, mais de ses conséquences pour les personnes qui existent ou existeront. Elle soutient ainsi que créer une vie heureuse n’est pas moralement équivalent à soulager des souffrances. Puis, elle conteste l’idée que, au nom du bien-être global, nous devons accroître le nombre de vies qui valent la peine d’être vécues. Ce qui revient à rejeter la thèse selon laquelle toute addition de bien-être rend le monde meilleur.
Roberts aboutit alors à la conclusion que nous n’avons pas le devoir d’encourager la natalité pour accroître le bonheur mondial. Elle en vient aussi à rejeter le longtermisme, cette doctrine qui accorde plus d’importance à d’hypothétiques milliards d’humains futurs qu’aux personnes vivant aujourd’hui, sous prétexte que les premiers seront plus nombreux que les seconds. À rebours d’une éthique visant à maximiser abstraitement le bonheur, Roberts propose donc une éthique centrée sur les personnes réelles, cherchant à ne leser personne.
Thomas Lepeltier,
Sciences Humaines,
381, septembre 2025.
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