Que faut-il faire pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ? Les réponses varient : certains prônent la décroissance, d’autres misent sur les innovations technologiques, d’autres encore sur la restriction ou l’interdiction des activités les plus émettrices et ainsi de suite. Mais, pour l’économiste Christian Gollier, la meilleure politique, ou la moins mauvaise, est la taxe carbone. Dans ce plaidoyer en sa faveur, il rappelle que toute réduction a un coût et fustige donc les solutions simplistes à coups de « il n’y a qu’à… ». Il chiffre d’ailleurs ce coût et montre par exemple que, par tonne de CO₂ évitée, isoler les logements est bien plus cher que remplacer le charbon par du gaz. D’où l’intérêt de privilégier cette seconde mesure. Pour inciter les acteurs économiques et les particuliers à se tourner ainsi vers les mesures les moins coûteuses, et viser la neutralité carbone en 2050, il estime qu’il faudrait fixer la taxe à environ 250 € la tonne de CO₂.
Cette politique pénaliserait proportionnellement davantage les ménages modestes (rappelons-nous de l’épisode des Gilets jaunes), mais Gollier souligne qu’une redistribution de cette même taxe pourrait les compenser. La solution n’est pas parfaite, reconnaît-il, mais elle est bien meilleure que les alternatives. De fait, selon lui, la planification par interdictions et quotas tend à devenir inefficace et liberticide ; la décroissance est socialement impraticable sans contrainte autoritaire, dans la mesure où les citoyens n’accepteront pas de voir leur niveau de vie baisser ; et compter sur des percées technologiques revient à repousser les efforts présents en pariant sur une issue incertaine, alors que chaque année d’inaction alourdit la facture climatique.
Si Gollier apporte ainsi une contribution précieuse au débat sur la réduction des gaz à effet de serre, il n’en reste pas moins qu’il n’explique pas pourquoi la neutralité carbone doit avoir lieu en 2050 plutôt qu’à une autre date. Derrière la précision des analyses, il y a donc une décision en partie arbitraire qui échappe à l’économiste.
Thomas Lepeltier, 2026.
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